NEWSLETTER N°20 - OCTOBRE 2011

De l'orgue à l'orchestre
15 octobre – 20 h à la Halle aux Grains

Véritable allégorie de la carrière du Leopold Stokowski (1882-1977) que son opulente transcription de la Toccata et fugue en ré mineur de Bach. Né à Londres dans une famille d'origine polonaise, élève du Royal College of Music et diplomé du Royal College of Organists, le célèbre maestro a en effet débuté son parcours musical comme organiste - dont l'un des chevaux de bataille était d'ailleurs… la célèbre Toccata et fugue en ré mineur ! Dès 1905 il s'embarque pour New York où il devient titulaire de la tribune de l'église St Bartholomew. Aussi imposant que soit cet orgue, il ne suffit toutefois pas à un musicien de plus en plus tenté par la direction d'orchestre. Un concert en 1909 à Paris à la tête de l'Orchestre Colonne va décider du destin de Stokowski : un représentant de l'Orchestre de Cincinnati y assiste et, enthousiaste, invite le chef à prendre la direction de la phalange américaine. Le conservatisme de cette dernière en matière de répertoire conduit toutefois au départ de Stokowski dès 1912. Sans attendre, il prend les rênes de l'Orchestre de Philadelphie et, un quart de siècle durant, le marque de son empreinte et le porte au plus haut niveau, avant de poursuivre sa carrière avec d'autres formations. Si elles étonnent nos oreilles contemporaines, ses transcriptions pour orchestre de pages de Bach, mais d'autres compositeurs aussi, sont l'expression d'un personnalité haute en couleur, généreuse et fondamentalement libre.

Tugan Sokhiev (dir.) ALAIN, Trois Danses : Joies, Deuils, Luttes
(Orchestration : Luc Antonini) ;
bémol majeur ;
STOKOWSKI
, Transcription de la Toccata et fugue en ré mineur de Bach ; FRANCK, Symphonie en ré mineur.


En partenariat avec le Festival
«Toulouse les Orgues »

 

Trois questions à Michel Bouvard

Composé d'ouvrages de Alain, Bach/Stokowski et Franck le concert du 15 octobre s'inscrit dans la continuité de la relation qui unit l'Orchestre à « Toulouse les Orgues » depuis l'origine. Questions à Michel Bouvard, directeur artistique du Festival.

Quels liens le Festival « Toulouse les Orgues » entretient-il avec l'Orchestre ?

Michel Bouvard : Depuis la création du Festival en 1996, l'Orchestre à soutenu cette manifestation par le biais de son directeur musical mais aussi de ses responsables administratifs. Après Michel Plasson, Tugan Sokhiev s'inscrit dans la même démarche, en raison du patrimoine exceptionnel de la ville de Toulouse en matière d'orgues historiques. D'autres villes sont riches en ce domaine, mais Toulouse est unique grâce à une collection très diversifiée d'instruments qui permet de jouer quatre ou cinq siècles de musique avec les sonorités requises. Outre son soutien, l'Orchestre s'associe de façon régulière tous les deux ou trois ans au Festival avec un concert. On a vu des choses très spectaculaires telles qu'une retransmission de l'orgue de la cathédrale Saint-Etienne dans la Halle aux grains – un souvenir extraordinaire ! -, l'Orchestre s'est par ailleurs déplacé plusieurs fois pour venir jouer avec l'orgue dans les églises. Il y a aussi des liens d'amitié très forts, autrefois entre le regretté Xavier Darasse, Michel Plasson et les musiciens. Et cela continue : Tugan Sokhiev est venu visiter de près l'orgue de Saint-Sernin il y a peu, ce qui m'a fait un énorme plaisir.

Pas d'orgue à proprement parler dans le programme du
15 octobre, et pourtant l'instrument est omniprésent avec, pour commencer, l'orchestration par Luc Antonini des Trois Danses pour orgue de Jehan Alain. Un retour à l'original en fait ?

M.B. : Les Trois Danses sont l'œuvre majeure de Jehan Alain, qui, soldat de vingt-neuf ans, écrit cette partition peu avec de mourir de façon héroïque à Saumur, le 20 juin 1940. La version originale pour orchestre de cette œuvre a été perdue avec son auteur, mais grâce à Dieu, avant sa disparition le musicien a réalisé pour une amie qui vivait à Paris une transcription pour orgue de ses Trois Danses qu'il lui a postée un mois avant de mourir. Malgré le contexte, le manuscrit est parvenu à sa destinataire. A partir de cette partition d'orgue, Raymond Gallois-Montbrun avait réalisé une première orchestration comme on en faisait dans les années 1950, en apportant beaucoup de modifications à la partition. Il y a une décennie environ, mon jeune collègue Luc Antonini, professeur d'orgue au Conservatoire de Montpellier, a entrepris une nouvelle orchestration des Trois Danses, avec les encouragements de Marie-Claire Alain et de la famille Alain. Cette orchestration a évolué : l'Orchestre du Capitole en avait donné une première exécution il y a quelques années. Puisque 2011 marque le centenaire de la naissance de Jehan Alain, j'ai proposé à Thierry d'Argoubet, qui en a immédiatement parlé à Tugan Sokhiev, de donner l'orchestration « actuelle », plus aboutie, de Luc Antonini. Il se trouve que le vendredi 14 à Saint-Sernin je jouerai les Trois Danses, dans le cadre d'un spectacle avec Brigitte Fossey. Il est très rare de pouvoir écouter les deux versions de l'œuvre de façon aussi rapprochée.

Quant à la Symphonie de César Franck, la référence à l'orgue y est omniprésente aussi…

M. B. : La Symphonie de Franck est en étroit rapport avec l'orgue en effet. Du vivant du musicien les critiques affirmaient : « Quand il écrit pour orchestre on dirait de l'orgue et quand il écrit pour orgue on dirait de l'orchestre ». C'est l'occasion de rappeler que nous fêtons le bicentenaire de la naissance d'Aristide Cavaillé-Coll (1811-1899) ; le célèbre facteur qui nous a laissé à Toulouse l'orgue de Saint-Sernin, connu mondialement. Franck était très proche de Cavaillé-Coll. Titulaire de l'instrument de Sainte-Clothilde à Paris, le compositeur disait :
« Mon orgue c'est un orchestre ». Il existe d'ailleurs des transcriptions pour orgue de la Symphonie en ré mineur.

Quand Schoenberg transcrivait Brahms
21 octobre – 20h à la Halle aux Grains

Les noms de Brahms et Schoenberg réunis pour une transcription ? L'association de l'auteur des Danses hongroises et du père du dodécaphonisme peut surprendre mais c'est oublier l'admiration que ce dernier éprouvait pour un devancier qui, contrairement à ce que certains clichés tendent à faire penser, n'avait strictement rien d'un conservateur. Comme Schoenberg l'a magistralement démontré dans une célèbre conférence « Brahms le progressiste » donnée à la Radio de Francfort en février 1933, l'attachement du musicien allemand aux maîtres anciens et aux formes classiques ne l'a aucunement empêché de développer une esthétique aussi singulière que riche de promesses d'avenir. Dès lors on comprend mieux que l'Autrichien se soit lancé en 1937 dans une transcription pour orchestre du Quatuor avec piano n° 1 op. 25, ouvrage auquel Brahms avait mis le point final en 1861. A ceux qui l'interrogèrent sur ses motivations, Schoenberg se justifia en trois points: « 1) J'aime cette pièce ; 2) Elle est rarement jouée ; 3) Elle est toujours mal jouée car meilleur est le pianiste et plus il joue fort, si bien que l'on ne perçoit rien des cordes. Je voulais une fois pouvoir tout entendre, et c'est ce à quoi je suis arrivé. »

Tugan Sokhiev (dir.), Vadim Gluzman (violon) BRAHMS, Concerto pour violon en ré majeur, op. 77 ; BRAHMS/SCHOENBERG, Quatuor avec piano en sol mineur, op. 25

Vadim Gluzman, un archet inspiré

La France ne le sait pas assez, mais Vadim Gluzman se range parmi les plus grands archets de sa génération et la venue de l'artiste d'origine ukrainienne, très apprécié de Tugan Sokhiev, constitue l'un des moments marquants de la saison en cours.

Né en 1973, le violoniste doit une bonne partie de sa formation à celui qu'il désigne comme un « génie » de la pédagogie : Zakhar Bron, mais a par ailleurs été très marqué par l'apport d'Isaac Stern et de Pinchas Zukerman. Installé en Israël depuis 1990 et très demandé aux Etats-Unis comme au Japon ou en Europe, Vadim Gluzman se montre digne du fabuleux instrument qu'il a la chance de jouer : le Stradivarius de Leopold Auer, père de l'école russe de violon. Dans un répertoire marqué par la variété et la curiosité, il fascine immanquablement ses auditeurs par la richesse de sa sonorité. Par-delà l'envoûtante qualité de cette dernière, c'est plus encore l'étonnante palette expressive d'un interprète chez qui virtuosité et poésie s'unissent tendues vers un même idéal de beauté qu'il importe de saluer. «Dans les mains de Gluzman, le Stradivarius ne parle pas : il proclame, il chante, il soupire et il rit», écrit le Detroit Times. Un Concerto de Brahms comme il n'est pas tous les jours donné d'entendre s'annnonce…

Rencontre franco-espagnole
Jeudi 3 novembre – à la Halle aux Grains – 20h

Avec la baguette de Joseph Pons et la voix de la soprano Patricia Petibon, la France et l'Espagne se tendent la main au cours d'un programme varié où le célèbre côtoie la rareté ou la plus récente nouveauté. Il n'est plus besoin de présenter l'illustre Bolero, Alborada del gracioso ou la Rapsodie espagnole, trois exemples particulièrement aboutis de l'art orchestral ravélien, ni La Vida Breve de Manuel de Falla, opéra dont la création eut lieu… à Nice en 1913. Aux couleurs irrésistibles de ces ouvrages fameux répondent celles, plus méconnues, du Poema en forma de Canciones, op. 19 (1917) de Joaquin Turina, cycle en cinq parties sur des textes de Ramon Campoamor dont Patricia Petibon interprète le n° 3 « Cantares ».
A l'instar de l'ouvrage de l'Espagnol, les quatre Melodias de la Melancolia op. 119b (2010) sur des paroles d'Alvaro Escobar Molinar ont d'abord été conçues pour voix et piano par Nicolas Bacri puis orchestrées. Dédiées à Patricia Petibon, ces pièces d'une hypnotique poésie ont été données en première audition à Madrid par la soprano française et Josep Pons les 7, 8 et 9 octobre derniers.

Josep Pons (dir.), Patricia Petibon, soprano. GRANADOS, La Maia dolorosa n°2 «Ay Maio de mi vida », El Mirar de la Maia ;
TURINA, Poema en formes de canciones op. 19 n°3 « Cantares ;
FALLA, Vida breve, « Vivan los que rien », Interlude et dance ;
BACRI, Melodias de la Melancolia, op. 119b ;
RAVEL, Alborada del Gracioso, Rhapsodie espagnole, Boléro.

AGENDA

Concert gratuit pour les étudiants

Comme chaque année à l'occasion de la rentrée universitaire, les étudiants sont invités par Pierre Cohen, Maire de Toulouse, à un concert gratuit à la Halle aux Grains. Il se déroulera le 20 octobre à 21h30.
Cette année Tugan Sokhiev et les musiciens de l'Orchestre du Capitole joueront le Quartet avec piano op. 25 de Brahms dans une transcription de Schoenberg.

Les étudiants peuvent se procurer leurs places dans leurs université et écoles.

Ce concert s'inscrit dans la « Semaine de l'Etudiant »



L'Orchestre en tournée en France et en Suisse

L'Orchestre National du Capitole poursuit ses tournées dans l'hexagone et à l'étranger. Prochaine étape les 25,26, 27 et 28 octobre en France où l'Orchestre dirigé par Tugan Sokhiev sera accompagné de Vadim Gluzman (violon), et un détour par la Suisse et le Tonhalle de Zurich avec pour soliste Denis Matsuev (piano).

  • > Mardi 25 octobre : LYON Auditorium / 20h00
  • > Mercredi 26 octobre :
    ZURICH Tonhalle / 19h30
  • > Jeudi 27 octobre : GRENOBLE Auditorium MC2 / 19h30
  • > Vendredi 28 octobre : PERPIGNAN Théâtre de L'Archipel / 20h30

Programme des 25,27 et 28 octobre

  • > CHOSTAKOVITCH : Ouverture festive, op.96
  • > CHOSTAKOVITCH : Concerto pour violon n°1 en la mineur, op.77 (soliste : Vadim GLUZMAN)
  • > RACHMANINOV : Les Danses Symphoniques, op.45

Programme du 26 octobre

  • > RACHMANINOV : Concerto pour piano n°2 en do mineur, op.18 (soliste : Denis MATSUEV)
  • > RACHMANINOV : Les Danses Symphoniques, op.45

Quizz du mois

Les dix premières bonnes réponses à la question ci-dessous gagnent la collection de cartes postales de la campagne de communication de la Saison 2011-2012

Quel contemporain autrichien de César Franck partageait avec le compositeur français l'amour de l'orgue ?

  • 1) Joseph Hellmesberger
  • 2) Anton Bruckner
  • 3) Carl Goldmark

Retournez votre réponse avec votre adresse postale à quizzorchestre@capitole.toulouse.fr

Pratique

Billeterie en ligne

On peut acheter ses billets en ligne
pour tous les concerts de la saison
et consulter le programme.

Tous les concerts pour les moins de 27 ans au tarif unique de 5 € :

Pour les moins de 27 ans, tous les concerts de l'Orchestre sont désormais accessibles, dans la limite des places disponibles, au tarif unique de 5 euros. On peut acheter son billet au guichet de la Halle aux grains ou le réserver en ligne.

Contacts

Service location :
(+33) 05 61 63 13 13
(du lundi au samedi de 10h00 à 13h00 et de 14h00 à 17h45)

Direction artistique et administrative :
(+33) 05 62 27 49 49

Courriel : onct@mairie-toulouse.fr

Crédits photos

M. Bouvard © Patrice Nin
V. Gluzman © J. Kringas
J. Pons © A. Bofill
P. Petibon © Felix Broede
Cartes postales Orchestre
© Benoît Hamousin

La lettre d'information de l'Orchestre National du Capitole de Toulouse est éditée par la mairie de Toulouse. L'utilisation de tout contenu (image, média ou texte) est soumise a autorisation. Les contenus de la lettre d'information de l'Orchestre National du Capitole de Toulouse sont donnés a titre informatif, et n'engagent en aucun cas la responsabilité de la mairie de Toulouse. Directeur de la publication : Pierre Cohen. Conception/rédaction : Orchestre National du Capitole ; direction de la communication, mairie de Toulouse.

Morceaux choisis

Actualités

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Prochain concert

Vendredi 1er Juin

RAVEL , MANTOVANI , SCHMITT

Alain Altinoglu / direction
François-Frédéric Guy / piano
Varduhi Yeritsyan / piano

 

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